Qu'est ce qu'un compétiteur ?
Cette
question se pose souvent lorsque l'on observe les joueurs à
l'entraînement, en tournoi ou en rencontres par équipes. Plus
précisément, la question que l'on peut se poser est : un
compétiteur est il quelqu'un qui fait de la compétition, qui joue
des matchs officiels ou cette notion renferme t-elle d'autres aspects
?
Dans le langage courant, on qualifie de compétiteur un
sportif qui se bat jusqu'au bout, qui va tout donner pour remporter
la victoire, qui va s'encourager, serrer le point ou encore
multiplier les "Allez !!". Seulement, limiter la notion de
"compétiteur" aux moment de compétition ou au nombre de
matchs officiels n'est-il pas trop réducteur ?
Je vous
propose dans cet article une intervention de Robert Saleh, coach de
l'équipe NFL des Jets de New York filmée dans le programme NFL Hard
Knocks cette été, dans laquelle il
détaille ce que sont pour lui les 4 niveaux de compétiteurs.
Pour
préciser le contexte, ce programme suit une équipe durant son camp
de pré-saison durant lequel une équipe va mettre en compétition
plus de 90 joueurs, anciens de l'équipe ou nouveau postulants, pour
au final en garder seulement 53 pour la saison. Chaque joueur doit se
donner à fond à la fois à l'entraînement mais également lors des
matchs de pré-saison afin de ne pas se faire "couper" et
voir ses espoirs de jouer dans l'équipe s'évanouir. Dans cet
épisode, les joueurs offensifs s'agacent contre l'équipe défensive
car ils estiment que ces derniers sont trop agressifs lors des phases
de confrontation et un début de bagarre éclate. Robert Saleh réunit
le lendemain l'ensemble des joueurs et réalise cette intervention :
Robert Saleh, NFL Hard Knockx : pré saison 2023, épisode 3.
Crédit image : https://www.sandiegouniontribune.com
Introduction :
"Les
4 niveaux de compétiteurs représentent une mentalité, un état
d'esprit sur lequel on a un contrôle complet. Les facteurs externes
comme les qualités intrinsèques, les blessures n'ont pas
d'incidences sur le niveau dans lequel on se situe.
Quels
sont ces quatre niveaux ?
- les survivants
-
les prétendants
- les compétiteurs
- les
commandants
Chaque personne appartient à une de ces 4
catégories
Les survivants :
Tout en bas, il y a les survivants. Le survivants fait juste le nécessaire pour tenir le coup. Il traverse les choses mais ne maximise pas ses capacités mentales pour progresser.
Les sportifs dans ce
groupe aiment
choisir la facilité
et ils sont tellement misérables qu'ils
font tout ce qu'ils peuvent pour entraîner les autres vers le bas
avec eux.
Ce
qui est triste c'est que chaque organisation possède au moins un
joueur comme celui là et je vous promets que vous ne pouvez pas vous
cacher...
Un
survivant n'atteint jamais son plein potentiel.
Les prétendants :
Le
prétendant est quelqu'un qui est motivé par des facteurs externes
comme le temps de jeu, l'argent la célébrité ou un rival.
Il
ne peut atteindre son plein potentiel seulement si son facteur de
motivation externe est menacé.
Les compétiteurs :
Le
troisième niveau, celui que nous recherchons, est celui des
compétiteurs.
Un compétiteur est quelqu'un qui est
motivé intrinsèquement pour être à son maximum peu importe la
situation. sa position dans la hiérarchie, l'argent, la célébrité
ne changent rien. Il essaye d'être toujours le meilleur
possible.
Il ne peut pas être influencé car il
maximise déja son potentiel, il essaye de faire mieux chaque jour de
sa vie. Il a
une mentalité de champion et quand vous avez cette mentalité, vous
embarrassez ceux qui ne s'investissent pas et vous faite passer les
joueurs de talent pour des "monsieur tout le monde".
Les commandants :
Les commandants ont tout ce
que possèdent les compétiteurs à une exception : ils tirent les
personnes avec eux pour les aider à atteindre leur plein potentiel.
De quel groupe
faites-vous partie ? Je vous promet que vous ne pouvez pas vous
cacher.
Ne soyez pas à
réaction parce que vos adversaires vous mettent en difficulté.
Soyez à 100% dès le départ. Vos coéquipiers sont à fond,
remerciez-les pour vous pousser à sortir de votre zone de confort.
Notre mentalité, c'est que nous sommes meilleurs tous ensemble.
Nous voulons un groupe de compétiteurs, un groupe intrinsèquement motivé à être au maximum de leur potentiel. C'est un standard, une façon de vivre, c'est que vous êtes, votre ADN. "
Exigence
et intensité :
Cette analyse de Robert Saleh
prend tout son sens dans ce que nous pouvons observer à une échelle
plus proche de nous : Combien de joueurs se disent compétiteurs dans
nos clubs mais au final ne vont pas avoir cette mentalité les
poussant à se dépasser à l'entraînement pour progresser, et ce
quelque soit les conditions ?
La lecture du
témoignage de Richard Gasquet concernant ses entraînements avec
Rafael Nadal en 2014 nous permet de prendre conscience du fossé
pouvant séparer les pourtant très bons joueurs des légendes du jeu
(source www.tennisactu.net) :
"Il
a tellement d'énergie ! Il n'arrête jamais. Quand tu vois ça tu
comprends tout. L'intensité qu'il met dans son travail devient une
sorte de routine pour lui. Et Tony ne laisse rien passer. Lundi à
19h, il n'avait toujours pas fini. Il était à la salle de
musculation. C'est incroyable le jus qu'il a [...] Avec Nadal, aucune
balle frappée ne l'est pas à 1000%. On frappe un nombre énorme de
balles. Ici, on attend de vous une grande exigence"
Exigence
et intensité, autrement dit s'entraîner dur pour rendre la
compétition plus facile semble être un point commun à tous les
grand champions, quelque soit la discipline. Usain Bolt en est un
parfait exemple lui que l'on voyait si détendu et souriant lors des
grandes compétitions mais pouvais aller jusqu'à vomir lors de ses
séances d'entraînement tellement elles étaient difficiles...
L'envers du décors des sportifs de haut niveau et les sacrifices que
cela implique n'est malheureusement pas assez connu du grand public.
Et pourtant aujourd'hui malgré ces exemple, combien de jeunes joueurs (ou moins jeunes !!) dans la centres d'entraînement des clubs, des académies ou des fédérations peuvent prétendre rentrer dans la catégorie des compétiteurs ? Combien se trouvent des excuses pour ne pas se donner à fond à l'entraînement (douleurs, fatigue, les conditions, les partenaires, etc...) ? Combien vont avoir des objectifs de victoires, de classement mais sans vouloir se donner les moyens à coté pour parvenir à les réaliser (temps d'entraînement trop faible, intensité suffisante, pas de préparation physique en dehors des entraînements tennis, hygiène de vie désastreuse) ?
L'importance
de l'état d'esprit :
Dans les processus de
détection, l'accent est souvent mis sur la recherche de "talent
sportif" ou encore selon les qualités physiques des jeunes.
Pourtant, en lisant cette analyse des 4 niveaux de compétiteurs, il
semblerait prometteur de prendre en compte également l'état
d'esprit des jeunes observés car une des clés du succès semble
être la capacité du sportif à supporter les charges de travail et
à rechercher la progression tout au long de sa carrière.
Cette
mentalité doit se développer dès le plus jeune âge et pour cela
il faut impérativement valoriser la notion d'effort, de mérite, de
progression et ne pas prendre seulement en compte les résultats. Il
faut habituer le sportif dès le plus jeune âge à mériter ce qu'il
obtient, et à dépasser ses limites pour lui même et non pour
quelqu'un ou pour ce qu'il pourrait en retirer.
Patrice
Hagelaeur expliquait d'ailleurs la réussite de Novak Djokovic : "la
différence entre les grands champions comme Novak Djokovic et les
autres, c’est l'ambition qui vient très tôt. La vraie ambition,
celle que l’on voit sur le terrain ou à l’entraînement. Pas
celle que l’on affiche dans les médias en disant qu’on veut
devenir le numéro 1 mondial"
Crédit image : Novak Djokovic - photo SIPA
Et c'est effectivement la différence entre les joueurs qui resteront à jamais des espoirs du tennis et ceux qui en deviennent les légendes. Définir un objectif est assez facile, mettre en oeuvre les moyens pour les atteindre l'est beaucoup moins car demande du temps, beaucoup d'effort et de sacrifices. Arnaud Clément précisait à propos du joueur serbe :
"La manière dont il s'entraîne, récupère, s'alimente, s'hydrate... Toute sa vie est orchestrée autour du tennis"
Etre
un compétiteur demande donc des sacrifices. Atteindre des objectifs
élevés se fait pas sans efforts et sans concessions et ce facteur
devrait rentrer en ligne de compte dans la détection des jeunes.
Tous les jeunes détectés ont le potentiel pour bien jouer au
tennis, parfois même au plus haut niveau, mais combien d'entre eux
ont une réelle mentalité de compétiteur, cette réelle envie de
progresser pour atteindre son véritable potentiel ?
Rafael
Nadal nous montre la voie malgré ses 37 ans et l'ensemble de sa
carrière : "Je
ne vais pas à l'entraînement chaque jour pour m'entraîner, je vais
à l'entraînement pour apprendre quelque chose".
Jon Grunden, un entraîneur officiant en NFL chez les Raiders en 2019
allait dans le même sens lorsqu'il demandait à ses joueurs de
"devenir
meilleur de 1% à chaque entraînement, chaque jour".
Conclusion :
Il semble bien y avoir une différence marquée entre faire de la compétition et être un compétiteur. Etre compétiteur quand on prend l'analyse de Robert Saleh, c'est avant tout adopter un état d'esprit d'exigence, d'intensité à l'entraînement et de recherche de progression constante. C'est également être reconnaissant envers les adversaires ou les coéquipiers qui vous poussent à sortir de votre zone de confort pour devenir meilleur chaque jour.
Etre
compétiteur c'est donc avant tout développer un état d'esprit dès
le plus jeune âge et c'est là que l'entourage de l'enfant prend
toute son importance afin de développer les qualités nécessaires à
atteindre pour l'aider à atteindre une motivation d'innovation,
pré-requis à l'apprentissage : abnégation, confiance en soi,
curiosité, résilience, goût de l'effort. (voir article
: https://votretennis.org/article-144889-motivation-et-apprentissage.html ).
Crédit image : https://www.sylvain-seyrig-coach.fr/zone-de-confort-definition-schema-en-sortir
Il faut également avoir
conscience que progresser prend du temps et que parfois le travail
réalisé ne porte pas ses fruits immédiatement en terme de
résultats. La capacité à être patient en terme de "retour
sur investissement" et de ne pas tout remettre en question dès
la première contre performance est également une des
caractéristiques du compétiteur.
Cette
analyse du coach américain ne se cantonne pas au monde sportif et
semble pouvoir s'appliquer au monde du travail et au monde
scolaire.
Et
vous ? Quel compétiteur êtes-vous ?
